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Tunisie : Les appareils des Taxiphones refont surface pour les recharges de 1 DT et plus«77% des recharges téléphoniques en Tunisie sont de 1 dinar seulement, tout opérateur confondu. Sachant que plus de 90% du marché téléphonique en Tunisie est dans le régime prépayé, je vous laisse donc imaginer le poids des recharges avec cette petite unité», nous a déclaré Mehdi Ben Abdallah. Cet expert dans le domaine des télécoms depuis 18 ans, est gérant fondateur d’une startup appelée Lighty. Une startup qui se spécialise dans le recyclage des appareils téléphoniques des taxiphones (centre public téléphonique).

Vous vous en rappelez ? Ce sont ces appareils généralement de couleur bleue qu’on utilisait durant les années 90 et début des années 2000 dans ces taxiphones. Depuis l’entrée du téléphone mobile, ces taxiphones ont commencé à faire faillite. Quelques uns ont même dû changer de type de business en devenant, par exemple, des buralistes pour pouvoir survivre. Mehdi Ben Abdallah a donc eu l’idée de recycler ces appareils pour les rendre des bornes de recharge électroniques pour son téléphone ou pour tout autre numéro. 

Mehdi Ben Abdallah

Mehdi Ben Abdallah

Pourtant, il est possible de le faire chez l’épicier du coin via son téléphone portable. «Oui, mais il faudra voir la réaction des clients», nous a-t-il répondu. «Vous vous êtes jamais demandé pourquoi y’a eu l’apparition des tickets et des mini cartes de recharges de 1 DT ? C’est parce qu’il y a des clients, notamment les femmes, qui ne veulent pas communiquer le numéro de téléphone au commerçant. D’autrs en achète pour un membre de la famille. Or, cette méthode a un impact très négatif sur l’environnement puisque ce bout de papier sera automatiquement jeté dans la rue, pour la plus part des clients, sur le trajet, juste après l’opération de recharge».

Certes, il y a une catégorie qui ne s’inquiète pas trop de donner son numéro de téléphone au commerçant, notamment la gente masculine, mais ceci peut avoir quelques inconvénients : «Parfois le réseau est congestionné, surtout durant les fêtes. Du coup, le message de confirmation de la recharge tarde à venir. De ce fait, vous risquez de perdre du temps à attendre près du commerçant jusqu’à la confirmation de l’opération. Ca, s’il n’est pas déjà occupé à servir d’autres clients devant vous. Sans parler de ceux qui rajoutent des frais supplémentaires, illégaux et parfois aléatoires, au montant désiré  par le client (lire notre article pour mieux comprendre ce phénomène, NDLR)».

C’est effectivement là le 3ème constat qu’a fait Mehdi Ben Abdallah et qui la encouragé à lancer sa startup. En récupérant les appareils des taxiphones, Lighty transforme le coeur de la machine en gardant la carcasse. Le client n’a qu’à saisir le numéro de téléphone puis mettre la ou les pièces de monnaie du montant désiré et puis confirmer. Si le client désire recharger 1 DT, il mettra 1 DT dans la machine, sans aucun millime de plus. 

Une borne de recharge Lighty dans un restaurant

Une borne de recharge Lighty dans un restaurant

«Mais Lighty ne cherche pas à concurrencer les réseaux de distribution classiques et ces commerces de proximité. Avec notre produit, nous avons créé un nouveau réseau de distribution avec plus de proximité avec le client final», a-t-il rajouté. en effet, Mehdi Ben Abdallah a misé sur les entreprises ou les endroits plutôt fermés où il y a en moyenne 500 clients potentiels à proximité de la machine.

«Ainsi, les usines ou les entreprises avec 500 employés peuvent avoir cette machine, ou même les facultés pour leurs étudiants et employés. «La machine n’aura besoin que d’une source d’électricité. Pour tout le reste, elle est connectée avec une SIM Data grâce à laquelle on peut suivre à distance l’état de la machine et sa recette quotidienne. Le propriétaire du lieu aura aussi accès à cette interface pour suivre la recette et toucher ainsi le 1/3 de la marge en tant que commission. Et c’est ça l’autre nouveauté avec Lighty», a affirmé Mehdi Ben Abdallah. 

En effet, Lighty se repose sur le principe du partage des revenues avec le propriétaire du lieu afin de le faire bénéficier des ressources financières de ce nouveau service. «Certes, en termes d’entrée d’argent, ce service n’est pas très lucratif. Mais la part des revenues générés pourraient être récupérée par l’entreprise pour une sorte de mini-caisse sociale pour les employés. Ceci renforcera le principe d’appartenance et la motivation des employés». Mais quid du secteur public ? «Pour les entreprises publiques intéressées par notre service, elles peuvent appliquer le même principe. Mieux, dans certains endroits où il y a beaucoup d’attente dans les guichets, par exemple à la Steg, à la poste, ou dans les municipalités, etc. ce service va rendre service à beaucoup de citoyens qui ne peuvent sortir chercher un commerçant pour recharger leur téléphone de peur de rater leur tour». 

Quant aux actuels taxiphones qui ont encore ces machines et qui ne savent pas quoi en faire, Lighty leur propose un service spécifique : La mise à niveau de ces machines pour qu’elles soient autonomes. C’est à dire qu’au lieu d’avoir 3 Téléphones pour la recharge, ces appareils seront équipées des 3 SIM et à la fin de la journée, le propriétaire du taxiphone récupérera les pièces sans faire de partage des revenues. En d’autres termes, la startup Lighty cherche à sauver le métier des Taxiphones, tout en créant un nouveau réseau de distribution dans le principe du commerce équitable. 

Lighty a une page Facebook et prépare le lancement de son site Internet. Fondée début 2016, Lighty a commencé son activité commerciale effective en septembre dernier (prospection, vente et installation). La startup compte déjà plus de 30 aines de bornes installées et d’autres clients sont sur la liste d’attente.

Welid Naffati

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