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AMNT de l’UIT à Hammamet : OTT, VoIP et comment s’engager à avoir un débit nominal de 1 GbsAvant 2020, il se peut que le débit nominal d’une connexion Internet dans le monde soit le 1 Gbs. Et ceci pourra se faire grâce à l’Union Internationale des Telecommunications (UIT) qui organise actuellement son assemblée générale à Hammamet, en Tunisie. Cette assemblée est en fait celle de la normalisation. C’est à dire qu’elle va définir les grandes lignes sur lesquelles le comité de normalisation de l’UIT va se pencher sur les 4 prochaines années pour les établir comme des normes internationale sur lesquelles doivent s’aligner tous les opérateurs dans le monde.

C’est ainsi qu’une réunion préparatoire appelée CxO qui réunit les CEO et les directeurs représentants des différentes entreprises TIC dans le monde, notamment du secteur privé, ainsi que la société civile, s’est déroulée dimanche 23 octobre à Hammamet afin d’établir un rapport qui sera présenté à cette assemblée réunit en conclave pendant 2 semaines en Tunisie. Dans ce rapport, il y aura les points essentiels qui doivent être absolument discutés parmi la longue liste des thèmes déjà fixés. Et comme d’habitude, c’est l’éternel sujet des OTT (les applications telles que Youtube, Skype, Whatsapp, etc.) qui a été soulevé en premier. 

Réunion CxO pour dresser les 2 points urgents à débattre durant l'AMNT à Hammamet

Réunion CxO pour dresser les 2 points urgents à débattre durant l'AMNT à Hammamet

«Les opérateurs évoluent dans un secteur hautement régulé avec des licences, obligation de QoS, interconnexions, interception légale des communications par ordre du tribunal, obligation de préserver les données privées des clients, obligation du service universel, etc. Cependant, chez les OTT, il n’y a que très peu de régulation, voire aucune», s’est étonnée Rym Belhassine-Cherif, Product and Services Executive Director chez Tunisie Telecom, et qui est aussi membre de l’UIT. 

Mais cette dualité se fait également sentir sur les autres points comme le système de taxation. Ainsi un opérateur tunisien doit suivre le régime fiscal du pays dans lequel il commercialise son réseau. Cependant, un OTT, il peut choisir le régime fiscal qui lui est le plus adéquat, n’importe où dans le monde, puisque son service opèrera, généralement, sur le Cloud.

De ce fait, «les opérateurs se voient leurs revenues fondre pendant que les OTT observent une montée exponentielle de leur gains», a-t-elle affirmé. Mais ceci n’est pas la faute aux OTT seulement. Car c’est aussi la faute au Business Model des opérateurs télécoms secoué par les avancées technologiques où tout vire vers le Data. Ces opérateurs sont encore en pleine transition d’un modèle classique vers un nouveau business basé sur le tout IP. Pendant que les OTT évoluent, eux, pleinement dans un environnement Full IP. 

 Nizar Bouguila, PDG de Tunisie Telecom au milieu, Habib Dabbabi, SE chargé de l'Economie Numérique à sa gauche, et Chaesub Lee, directeur de l’UIT-T

Nizar Bouguila, PDG de Tunisie Telecom au milieu, Habib Dabbabi, SE chargé de l'Economie numérique à gauche, et Chaesub Lee, directeur de l’UIT-T à droite

«Notre problème, ce n’est pas avec youtube ou les autres OTT gourmands en bande passante. Notre vrai problème ce sont les OTT de VoIP», a fait remarqué pour sa part Nizar Bouguila, également présent lors de cette réunion CxO. «Avant, on utilisait la VoIP pour s’appeler en International. Et on pouvait le comprendre pour des raisons de coûts. Mais là nous assistons à un nouveau phénomène : l’utilisation domestique de la VoIP, entre amis ou membres de la famille».

En clair : même avec ces bonus extravagants, ces promos sur les appels et la maturité du réseau 2G, il y a des gens qui préfèrent, par défaut (ou par paresse), passer par la VoIP. Utilisation de Facebook oblige qui, non seulement met en avant Whatsapp pour ce genre de service, mais a carrément intégré les appels VoIP même dans les appels groupés entre amis, dans son Messenger. Cassant ainsi le business initial de Skype et les services à valeur ajoutés de type ‘Conf Call’ chez les opérateurs. 

C’est ainsi que Mongi Marzoug, ex ministre de l’Energie et des Mines, et également un ancien ministre des TIC entre 2011 et 2013, a réitéré publiquement son principe qu’il défend depuis des lustres : ‘Same service, same rules’ ou encore le ‘Level Playing field’. 

Mongi Marzoug au milieu lors de la réunion CxO

Mongi Marzoug au milieu lors de la réunion CxO

«Le problème ce n’est pas de défendre tel ou tel intervenant. L’objectif c’est d’avoir une économie viable qui soit fondée sur une base de réglementation qui s’applique à tous», a-t-il martelé. «C’est à dire donner un cadre légal et réglementaire pour tous les acteurs à partir du même service commercialisé. S’il y a des obligations à l’emploi, ou des obligations fiscales, ou obligation à investir dans les pays dans lequel l’entreprise TIC fait du business, elle s’appliquera à tous le monde, à tous les acteurs, tant qu’ils font du même service ou un service similaire».

Autre point a été évoqué lors de cette réunion CxO : La standardisation de la connexion à 1 Gbs comme valeur nominale d’une connexion Internet dans le monde. Seulement voilà, par quelle technologie doit-on passer ? Entre ceux qui continuent à mettre en avant la fibre optique, ceux qui exigent à ce que le sans fil soit la référence et ceux qui tentent de trouver un juste milieu, chacun a voulu défendre son point de vue, et la stratégie de son entreprise, en vue de la standardiser. Après tout, c'est le moment ou jamais de le faire maintenant, à Hammamet, avec cet AMNT. A suivre.

Welid Naffati

Crédit photo : ©ITU / J.Marchand