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Tunisie : Bientôt une hotline et un Web magasine pour soutenir et conseiller la communauté LGBTQI+Un numéro d'assistance hotline sera bientôt mis à la disposition des personnes aux identités sexuelles réprimées en Tunisie et ce, dès le 28 février 2017. Un web magazine, «Shams Mag», également verra le jour à la même date. C’est ce que nous a annoncé Mounir Baatour, avocat et Président de l’association Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie.

«Ce projet fait partie d’un plus grand projet sur lequel nous travaillons depuis quelques mois. Il s’agit de procurer différentes plateformes d’écoute et de conseil pour la communauté LGBTQI+ en Tunisie», a assuré Mounir Baatour.

LGBTQI+, acronyme pour désigner «Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Queer, Questionning et Intersex». Il désigne ces catégories de personnes qui ne s’identifient pas comme hétérosexuelles. L’hétérosexualité étant supposée être «la norme» dans les sociétés conservatrices.

«En effet, c’est suite à la demande de plusieurs utilisateurs de Facebook que le besoin d’une cellule d’écoute a été relevé par les administrateurs de la page officielle de Shams», nous a confié le président de l’association. «Plusieurs personnes nous demandaient un numéro où nous joindre. Il se trouve que quand on est violenté, malmené, arrêté arbitrairement par la police pour son apparence «homosexuelle», ce besoin de se confier, d’être compris, mais surtout d’avoir une assistance juridique et psychologique est important».

Tunisie : Bientôt une hotline et un Web magasine pour soutenir et conseiller la communauté LGBTQI+

La communauté LGBTQI+ en Tunisie souffre de plusieurs maux et encourent plusieurs dangers. Allant de l’intimidation, au chantage, aux violences physiques jusqu’au viol. Le droit tunisien reste néanmoins l’ennemi numéro 1 de ces citoyens. En effet, la cellule d’écoute prévoit des dispositions juridiques en cas de besoin pour aider les victimes dans la limite de ce que permet le législateur tunisien.

«Par ailleurs, les personnes qui seront chargées d’assurer cette hotline, ont reçu les formations préalables nécessaires. Et en cas de besoin, certains dossiers de violences seront remis à certaines institutions spécialisées comme ‘Psychologues du Monde’ en plus d’offrir l’aide d’avocats», a assuré Mounir Baatour.

Outre le site web www.shams-tunisie.com où l’association publie régulièrement ses communiqués et presse, Mounir Baatour nous a annoncé la création d’un web magazine Shams Mag. «Nous avons lancé un appel à contribution sur notre page Facebook. Nous faisons appel à toute personne, faisant partie de la communauté ou non. Il suffit d’être conscient et soutenir la cause. Que vous soyez écrivain, poète, dessinateur, caricaturiste ou autre, votre aide sera la bienvenue», a-t-il rajouté.

En ce qui concerne le danger possible qu’encourerait la personne qui s’affichent comme gay en écrivant pour ce magazine dans ses versions web et papier, Mounir Baatour a répondu : «Personne ne peut obliger une personne gay à s’afficher en Tunisie, l’anonymat reste un choix, mais surtout un droit. Par contre, si la personne veut s’afficher comme ouvertement LGBTQI+, c’est tout à son honneur».

Le web magazine  est destiné à plaider en la faveur de la cause LGBTQI+. Il comprendra différentes rubriques qui luttent contre la marginalisation et les violences subies par la communauté LGBTQI+ en Tunisie. Dans sa version papier qui sera publiée trimestriellement et distribuée gratuitement, Mounir Baatour relève que l’objectif majeur de ce projet est d’élever la conscience des tunisiens sur le danger de ces violences, de la souffrance endurée par cette communauté en Tunisie, comme dans le reste du monde arabe. «D’ailleurs, nous travaillerons en collaboration avec «Aswat» association jumelle marocaine», a-t-il rétorqué.

En ce qui concerne le reste de la société civile et les associations Pro LGBTQI+, Mounir Baatour assure qu’à Shams ils sont prêts à collaborer et à aider. «D’ailleurs, lors de nos ateliers, formations et séminaires, nous avons toujours invité les différentes associations qui travaillent sur la question de la dépénalisation de l’homosexualité».

Il reste à relever un dernier point que nous a confié Mounir Baatour, celui des violences et des dangers qu’encourent la communauté sur internet et sur les réseaux sociaux spécialement. 

«Il y a ce phénomène de ce qu’on appelle ‘les chasseurs de pédé’. Ce sont des profils sur Facebook comme sur les réseaux sociaux et sites de rencontres gays, qui entrainent des homosexuels pour des rencontres réelles. Nous avons reçus plusieurs témoignages d’agressions sexuelles et de viols. Un récit revient toujours. Ces personnes se retrouvent filmées puis menacées de ‘Porn revenge’. Elles subissent chantage et violences. Et dans le cadre juridique de la Tunisie, protéger ces personnes est presque impossibles. Sauf à des degrés limités. Sur notre page Facebook, nous dénonçons ces profils et mettons en garde la communauté pour prendre ses précautions. La hotline et le web magazine ira dans ce sens également», nous a confié l’avicat Mounir Baatour.

Plusieurs expériences de ce genre ont vu le jour dans ces parties du monde où l’homosexualité est lourdement pénalisée. En Jordanie par exemple, plusieurs magazines et même une radio LGBTQI+ ont vu le jour. «Nous n’avons pas de programme de collaboration avec la Jordanie. Mais puiser dans ces expériences ne peut être que bénéfique», a-t-il regretté. 

Hazar Abidi

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