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Facebook : Quand la Tunisie se découvre progressiste et conservatrice à la fois

Dans la vie courante, il est souvent question de combat, d’affrontement, de rivalité entre deux personnes, entités ou encore idéologies. Le Facebook tunisien n’échappe pas à cette règle. Après la révolution, les pensées politico-sociales se sont libérées pour laisser place à une liberté de s’exprimer et d’appartenir à un courant bien donné. Ce qui a nettement divisé les internautes, et a créé entre eux une sorte de choc. Un choc très bien démontré par les 2 plus grandes pages tunisiennes, à savoir la page Tunisie, et sa concurrente la page Tunisia_تونس_Tunisie. Elles regroupent, à elles seules, près de 30% des facebookers tunisiens : 878 mille fans pour la première, 851 mille pour la deuxième et ce, sur 2 millions 800 de facebookers tunisiens (stats de checkfacebook.com).

On commence donc avec la page Tunisie, qui est reconnue depuis longtemps comme la plus grande page Facebook tunisienne. Créée le 14 juillet 2009 par Imed Amri, cette page était spécialisée au début dans la publication de quelques images montrant la beauté de quelques villes, puis dans la rediffusion de quelques feuilletons et émissions tunisiennes durant le mois de ramadan. Très vite, la page a gagné en notoriété grâce à la diversité de ses sujets. Même les plus tabous. Celles relatives à la politique de Ben Ali notamment. De quoi déplaire au pouvoir qui a commandé sa censure le 8 Avril 2010. Une censure qui n’a été levée que le 13 janvier 2011.

La page Tunisia_تونس_Tunisie a été créée, en revanche, un peu plus tardivement, soit le 16 Avril 2010. Elle était plus spécialisée dans le streaming des chaines télévisions les plus suivies des Tunisiens, et aussi des matchs de football. Question politique, cette page évitait, à l’époque et la plupart du temps, d’en parler. Mais ce sont 2 publications anodines à propos de Sidi Bouzid (début du soulèvement populaire suite à l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi) qui avaient conduit à sa censure le 21 décembre 2010. Une censure qui n’a duré que quelques 23 jours puisqu’elle a été levée à la veille de la chute de Ben Ali.

Parcours presque identique mais une idéologie très différente

Bien que leurs parcours soient assez ressemblants, il n’en est pas de même pour leurs idéologies et… leur appartenance politique. Une différence qui saute aux yeux en lisant leurs publications respectives. On notera dès le départ que l’administrateur de la page Tunisie, Imed Amri, a choisi la transparence totale en indiquant dans l’onglet information son numéro de téléphone et son profil facebook. Pour Tunisia_تونس_Tunisie par contre, pas question de divulguer quelconque information à propos de ses admins.

Deuxième différence : la liberté autorisée dans chacune de ces pages. Si la page Tunisie est extrêmement tolérante, laissant tout commentaire visible, même les invectives, son rival est, par contre, extrêmement strict (censure des commentaires mal placés et blocage des utilisateurs indésirables).

Cette sévérité est souvent très critiquée par les affiliés de la page qui se plaignent souvent d’un abus de modération de la part du modérateur. Il y en a même qui accusent l’administrateur de la page de censurer délibérément tout commentaire qui lui est contraire.

Le choc des idéologies

Comme pour tout un peuple, les 1ères semaines qui ont suivi la fuite de Ben Ali, ont réuni tout le monde sous un drapeau. Avec l’avènement des partis politiques et de leurs idéologies, les 2 pages se sont divisées. L’une optant pour le clan dit progressiste, démocrate, et l’autre s’alignant du côté des conservateurs islamistes, passant, parfois, au côté extrême, soutenu par des «demandes» de quelques fans.

On se souviendra par exemple de la proposition de cette page pour le remplacement du drapeau tunisien par un qui arborait “Al Chahadatayn”, à l’instar de l’Arabie Saoudite. De quoi soulever un tollé général parmi les fans de cette page, où les critiques ont souvent viré aux insultes. Notamment quand les défenseurs les plus radicaux de cette page sont montés au créneau.

Versant parfois dans le populisme et grâce à la censure des commentaires, l’admin ou les admins anonymes de la page Tunisia_تونس_Tunisie, ont été généralement épargnés de campagne de diffamation sur les réseaux sociaux. Ce n’était pas du tout le cas pour Imed Amri, l’administrateur de la page Tunisie, dont la politique de modération de sa page et son choix d’articles/vidéos lui ont parfois valu des attaques visant sa personne. Il a été traité par tous les noms : de RCDiste et serviteur de Ben Ali, à mécréant et ennemi de l’islam.

Après la chute de Zaba, et avec lui de l’avis et la pensée uniques, la Tunisie s’est découverte une deuxième facette qu’elle n’a jamais connu auparavant : la différence. Cette petite guéguerre facebookienne est la traduction d’un tiraillement entre conservateur et progressiste. Un tiraillement que vivent les Tunisiens depuis le 14 janvier et qui vire souvent au conflit. Même sur le terrain, dans les manifestations à Tunis et d’autres grandes villes du pays.

Seif Eddine Akkari

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