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Forum Sup’Com sur la 4G en Tunisie : Plus de problèmes que de solutions

Forum Sup’Com sur la 4G en Tunisie : Plus de problèmes que de solutions

L’école Sup’Com a organisé le mercredi 11 décembre un forum sur la 4G. Des spécialistes sont venus parler de leur vision sur ce qui peut être un lancement réussi de la 4G en Tunisie. Entre les solutions technologiques pour une couverture optimale, surtout à l’intérieur des bâtiments défendues par Ericsson, ou encore l’importance du contenu numérique et des applications mobiles pour encourager les gens à utiliser la 4G, c’est lors des tables-rondes que la dure réalité a été dévoilée au grand jour.

Forum Sup’Com sur la 4G en Tunisie : Plus de problèmes que de solutionsL’école Sup’Com a organisé le mercredi 11 décembre un forum sur la 4G. Des spécialistes sont venus parler de leur vision sur ce qui peut être un lancement réussi de la 4G en Tunisie. Entre les solutions technologiques pour une couverture optimale, surtout à l’intérieur des bâtiments défendues par Ericsson, ou encore l’importance du contenu numérique et des applications mobiles pour encourager les gens à utiliser la 4G, c’est lors des tables-rondes que la dure réalité a été dévoilée au grand jour.

Dans son intervention, Nizar Bouguila, directeur technique central chez Tunisie Telecom, a mis en exergue l’importance de l’aménagement du territoire pour ce qui concerne les fréquences. En effet, quelle bande doit-on exploiter pour la 4G en Tunisie ? Celles de 1800 Mhz et la 800 Mhz sont intéressantes et le gouvernement, via l’Agence Nationale des Fréquences (ANF), semble être favorable à la mise en vente de ces fréquences pour la LTE. «La 4G sur la bande 800 Mhz sera intéressante pour les zones rurales (car sa couverture est plus vaste, ndlr), cependant celle en 1800 Mhz sera utilisée pour les zones denses (car elle pourra absorber plus de connexions, ndlr)», a affirmé M. Bouguila avant de préciser que TT est déjà prête techniquement à se lancer dans la LTE dans ces deux fréquences.

Voyez avec l’Algérie et la Lybie

«La Tunisie est un petit pays. Si la 1800 est plutôt facile à exploiter dans les villes (qui sont généralement sur la côte, ndlr), ça sera par contre difficile d’exploiter la 800 dans les zones rurales si on ne coordonne pas avec nos pays voisins», a fait remarquer pour sa part Adel Akrout, Network Engineering Director chez Tunisiana. Selon lui, on ne peut lancer un appel d’offre pour la 4G sans nettoyer et réarranger au préalable les fréquences dont dispose la Tunisie tout en coordonnant avec la Lybie et l’Algérie afin d’éviter les interférences. Encore faut-il qu’on réussisse déjà à libérer définitivement la 800 qui est encore occupée par la télé analogique terrestre.

Sur ce point, la représentante de l’ANF, Imen Ben Chaaben, a précisé que la télé analogique cessera d’émettre définitivement en Tunisie en juin 2015 et ce, conformément aux recommandations de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT). «Mais la capacité de la bande 800 n’est pas très grande (pour véhiculer beaucoup de Data, ndlr). Comment va-t-on la diviser équitablement entre les 3 opérateurs ?», s’est-elle demandée. Rebondissant sur ce point, Hend Chaffai, Chef Département Pôle Réglementaire chez Orange Tunisie, a insisté sur l’importance de tous ces détails pour un lancement réussi de la 4G en Tunisie. «Le réel problème qui se posera, donc, c’est comment va-t-on organiser l’appel d’offres (pour la scission des blocs de fréquences pour la LTE, ndlr)», a-t-elle conclu.

Le Sharing mobile

«Je viens de me rendre compte que la Corée est une péninsule et ce problème de fréquences dans les zones limitrophes ne se pose pas», a réagi pour sa part Mme. Nah-Oak Song, professeur à la Korean Advanced Institute of Science and Technology qui a été spécialement invitée à participer à ce forum pour parler de l’expérience coréenne. «Mais ce que j’ai remarqué ici, c’est que les blocs de fréquences sont distribués équitablement entre les 3 opérateurs. Ce qui n’est pas le cas pour la Corée. Chez nous, l’opérateur SK a dû récemment investir lourdement pour augmenter ses capacités spectrales. Ceci étant dit, cet investissement peut être rapidement amorti vu que nous avons des petits opérateurs téléphoniques qui ont la possibilité d’en louer pour leur propre réseau».

Nos opérateurs ont-ils alors intérêt à mutualiser leurs fréquences entre eux pour réduire leurs coûts ? Après tout, ce sont eux qui ont expressément demandé au ministère de ne pas lancer la 4G dans l’immédiat car leurs investissements sur la 3G n’ont pas été encore amortis. 

La réponse des 3 opérateurs présents dans la table-ronde ne s’est pas faite attendre : «Non». La raison ? Car ce procédé pourrait probablement aider économiquement l’opérateur à desservir les zones blanches en très haut débit dans le cadre du service universel (bande 800), mais pas dans les zones denses (bande 1800). 

Le ‘Niet’ de l’ANF

De plus, et selon TT, Tunisiana et Orange, il sera difficile d’un point de vue purement logistique de mutualiser les antennes pour plusieurs raisons. Comme le taux inconnu de concentration des abonnés de tel ou tel opérateur sur la zone desservie par la dite antenne. Pis : quelle capacité radio lui allouer sans dégrader la qualité de service de ses propres clients ? «Il faudra, peut-être, commencer à mutualiser les infrastructures une par une en se rapprochant à chaque fois un peu plus du backhauling (le dernier chaînon du réseau de distribution à l’instar de l’antenne relais, ndlr)», a tempéré Mme Cheffai. 

Forum Sup’Com sur la 4G en Tunisie : Plus de problèmes que de solutions

Mais l’ANF a opposé son refus catégorique à l’idée. La raison évoquée ? «Il sera très difficile pour l’agence de trancher dans les plaintes en cas d’interférence». Autant dire un casse-tête que l’ANF voudrait bien éviter. D’ailleurs, ils ont déjà du pain sur la planche rien qu’à vouloir nettoyer le spectre national en libérant des petites bandes de fréquences qui doivent être normalement allouées à la 3G uniquement et/ou à la 4G ultérieurement.

Et le ‘Niet’ de l’ANF s’est également fait entendre quand Mme Nah-Oak Song a parlé des Hotspot Wifi comme support de soutien utilisé par les opérateurs coréens pour réduire la surcharge Data sur les réseaux mobiles. «En plus, ça ne coûte pas cher par rapport aux investissements mobiles vu qu’il n’y a pas de fréquence à acheter», a-t-elle conseillé aux représentants des 3 opérateurs. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas caché leur sourire en voyant la représentante de l’ANF s’empresser à dire que ça ne sera pas possible, car «la législation tunisienne n’interdit pas d’émettre en Wifi à l’intérieur des bâtiments, mais pas à l’extérieur car cela demande une autorisation». A la question pourquoi faut-il avoir cette autorisation, elle répond que c’est une question de respect des normes d’un point de vue puissance du signal.

Dégringolade du dinar face à l’Euro et le dollar

En termes plus clairs : la 4G en Tunisie ? Ce n’est pas demain la veille qu’on l’aura. Les problèmes semblent être plus nombreux que les solutions proposées. Et bien que tout cela puisse être réglé rapidement par la volonté politique (réviser la réglementation, multiplier les contacts avec la Libye et l’Algérie, coordonner avec le ministère de la Défense, etc.), deux grands soucis ralentiront, tout de même, le lancement de la LTE en Tunisie.

Le premier concerne Tunisiana et Orange qui doivent fibrer le maximum de leurs antennes relais (BTS). Car avec le passage au tout IP grâce à la 4G, le faisceau hertzien sera difficilement capable de transmettre toutes les données entre l’antenne et le central de l’opérateur. Surtout dans les zones denses. Or, Tunisie Telecom a déjà prévu le coup et a fibré 90% de ses BTS. 

Le deuxième souci : Ce sont les téléphones et tablettes. Beaucoup d’entre eux, en effet, ne sont pas encore compatibles 4G. Et s’il y en a, ils sont trop chers par rapport au pouvoir d’achat du Tunisien moyen. 

«Grâce à l’effort de tous les opérateurs, nous avons maintenant 15% des Tunisiens qui ont des Smartphones», a remarqué à juste titre M. Bouguila. Grâce à quoi ? Grâce à la subvention des terminaux dans le cadre des offres packagées. 

Mais quels risques encourent les opérateurs en subventionnant les équipements compatibles LTE ? Le Tunisien en sera demandeur ? Et avec la dépréciation du dinar par rapport au dollar et à l’Euro, qui prendra le risque de casquer au prix fort dans l’importation de ces articles s’il n’est pas sûr qu’il y aura de la demande derrière ?

Tout porte à croire que la crise politique par laquelle passe actuellement la Tunisie (et qui a commencé à se traduire par des tensions sociales causées par une inflation record) finira par retarder encore plus les préparatifs pour le passage vers la LTE. 

Welid Naffati

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