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Grégoire De Padirac (Orange Ventures) : Tous les entrepreneurs tunisiens portent une vision internationale

Le fonds d’investissement technologique, Orange Ventures, a lancé pour la première fois un challenge pour financer des entrepreneurs en Afrique et au Moyen-Orient. Il a prévu d’investir 500 000 euros à l’occasion de ce challenge ouvert à des start-up au Cameroun, en Côte d’Ivoire, Egypte, Jordanie, Maroc, au Sénégal, et en Tunisie. Jusqu’à sept startups seront sélectionnées pour bénéficier d’un investissement compris entre 50 000 et 150 000 euros. Entretien avec Grégoire De Padirac, Investment Manager chez Orange Ventures Africa et Moyen-Orient.

Orange Ventures lance le MEA Seed Challenge pour appuyer l’écosystème des startups dans le région Afrique et Moyen-Orient. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Pour qu’un écosystème se développe, il faut que tous les acteurs grandissent ensemble. Or, partout on observe un manque criant d’investisseurs en amorçage, sur le continent africain et dans les pays émergents, d’une manière générale. L’apparition de réseaux de business angels est souvent le fruit d’un processus lent avec une première génération d’entrepreneurs de la tech qui ont réussi et qui souhaitent réinvestir et s’investir auprès des nouvelles générations. Tous les écosystèmes ont dû – pour s’affranchir de cette étape – s’appuyer également sur des investissements des pouvoirs publiques, à travers d’organismes d’investissements publics fléchés sur l’innovation, des programmes de recherche universitaires ou militaires. La question pour les pays, sous contrainte de moyens, est comment trouver un autre chemin pour favoriser l’essor des écosystèmes.

Je crois que tous les acteurs de l’investissement ont leur part de responsabilité et leur rôle à jouer. En effet, la plupart des investisseurs en capital risque comme Orange Ventures concentre leurs investissements sur l’étape d’après, quand ces startups auront déjà validé un certain nombre d’hypothèses, la pertinence de leur solution, l’existence d’un marché et le savoir faire d’une équipe talentueuse. L’enjeu de ces investisseurs, à cette étape, est, surtout, d’investir pour accélérer. Mais le premier ticket est fondamental. C’est lui qui permet aux entrepreneurs de se consacrer à 100% à leur projet, à rassembler une première équipe resserrée, à développer la première version de la solution et trouver les premiers clients. Je pense qu’en tant que corporate, nous avons beaucoup à apporter sur cette phase de développement initial des sociétés. Cela implique un changement de méthode et de processus.

Ce Challenge n’est donc qu’une première réponse à tous ces enjeux afin d’être un acteur pertinent à la fois sur ce premier ticket d’amorçage ainsi que sur les étapes successives de la vie de la startup.

En quoi consiste précisément ce MEA Seed Challenge

L’objectif est d’investir un total de 500 000 euros dans sept startups tech en amorçage, issues de sept pays différents dont la Tunisie. Ce sont des tickets de 50 000 à 150 000 euros sous la forme d’obligations convertibles. D’ici septembre prochain, nous devrons annoncer donc notre premier investissement en Tunisie, ce qui nous réjouit beaucoup. Les startups n’ont plus beaucoup de temps pour postuler, il faut se dépêcher. Elles ont jusqu’au 19 juillet.

Il faut compter au moins une à deux heures pour répondre aux questions et nous faire parvenir un pitch deck investisseur et un business plan financier sur Excel.

Au-delà de ce challenge, nous continuerons à prendre des nouvelles des entrepreneurs qui nous ont le plus intéressés pour suivre leurs progrès et éventuellement investir plus tard. Il n’est donc ni trop tard, ni trop tôt pour nous envoyer votre candidature.

Avec ce MEA Seed Challenge, c’est la première fois que le fonds s’engage sur la voie de l’investissement en amorçage. Pourquoi ce choix ?

Cela fait trois ans que nous sommes des investisseurs actifs et présents sur le continent et nous avons reçu depuis, un volume très important de sollicitations pour des investissements en amorçage que nous ne pouvions satisfaire du fait de notre mandat initial.

Nous voyons des entrepreneurs très talentueux qui n’ont toujours pas réussi à trouver leur premier investisseur en amorçage à des conditions acceptables. Nous ne pouvions pas nous contenter d’appeler de nos vœux l’essor d’investisseurs en amorçage sans prendre nous même notre part.

Au-delà de cette dimension écosystème, nous sommes aussi convaincus que nous sommes parmi les mieux placés pour identifier les futures pépites de demain. Nous avons la chance d’être – dans la plupart des pays où nous opérons – très outillés en structures d’animation de l’écosystème avec Orange Digital Center, Orange Fab, nos écoles de coding, nos Fab Lab solidaires, etc.

Notre ambition est d’être parmi les premiers à soutenir et faire grandir les champions de demain, depuis l’amorçage jusqu’aux tours de financements ultérieurs. Au-delà des moyens financiers que nous mettons à disposition des entrepreneurs, ce sont tous les moyens d’un groupe sur lesquels nous allons faire levier pour aider les entrepreneurs à accélérer leur développement local et international. C’est toute la force d’un Corporate VC qui allie l’agilité d’un investisseur VC et les atouts stratégiques d’un groupe comme Orange.

 Quels sont les critères de sélection ? 

Pour être éligible, il faut à la fois :

  • être une startup en phase amorçage (qui a levé moins d’un million d’euros),
  • avoir un ancrage fort avec un des sept pays de ce challenge que ce soit parce c’est le pays d’incorporation de la startup, ou le principal pays des opérations ou parce qu’un des membres fondateurs est un citoyen d’un de ces pays,
  • évoluer dans le secteur des technologies.

Cela dit, ce que nous cherchons à évaluer, c’est, aussi, le potentiel de croissance de la startup sur son marché national et au-delà. En d’autres termes, il faut que la startup arrive à nous convaincre de l’importance de l’opportunité de marché qu’elle adresse et la capacité de l’équipe à réaliser son plan jusqu’à la prochaine levée.

Nous sommes, également, très sensibles à l’intérêt stratégique qu’elle a pour le groupe à court, moyen ou long terme.

Quels sont les segments/secteurs/activités sur lesquels Orange Ventures mise le plus et pourquoi ?

Nous regardons tous les secteurs pourvu que la solution repose avant tout sur une solution technologique. Le digital irrigue et transforme tous les secteurs économiques pour faire écho à la célèbre formule « software is eating the world ». Evidemment, nous serons sensibles aux secteurs les plus proches des expertises du groupe, entre autres, les services financiers, de connectivité, de e-santé, de cybersécurité, des objets connectés, des services aux entreprises, etc. C’est important pour nous d’évaluer dans quelle mesure Orange, en tant que groupe, peut avoir un impact significatif sur la startup.

En termes de post-investissement, quelle est la vision d’Orange Ventures ?

La startup sélectionnée dans le cadre du challenge bénéficiera d’un accompagnement de douze mois par Orange Tunisie et parmi les sept startups sélectionnées au total, une sera accompagnée trois mois par notre partenaire Seedstars via leur programme « Investment Readiness » pour les outiller à leur prochaine levée. Et comme je vous le disais plus haut nous souhaitons nous appuyer au maximum sur toutes les ressources mobilisables du groupe pour favoriser au mieux nos entrepreneurs.

Comment voyez-vous l’écosystème des startups en Tunisie ?

La Tunisie dispose d’un des écosystèmes les plus complets de la région avec en premier lieu des entrepreneurs de qualité et un vivier de talents pour les accompagner, des universités et des écoles reconnues, une réglementation encourageante qui fait référence sur le continent, des accélérateurs et des fonds actifs. Orange est d’ailleurs comme nous l’avons évoqué plus haut un acteur engagé sur le territoire sur les questions de l’accélération et de la formation. Toutes ces composantes continuent à s’améliorer, se structurer et on sent un écosystème à la fois resserré mais très actif et solidaire. Ce qui m’a également agréablement surpris, c’est que tous les entrepreneurs tunisiens portent une vision internationale dès le premier jour. C’est le privilège des petits marchés domestiques. Mais la taille de l’écosystème reste modeste malgré tous ses atouts et on sent qu’il en a sous le pied (si vous me pardonnez mon expression). Une des raisons principales à mon sens est sans doute cette insuffisance d’investisseurs du premier ticket comme on l’a déjà évoqué d’où mon enthousiasme pour cette initiative et notre souhait à voir d’autres acteurs nous rejoindre. Je suis en tout cas très confiant sur la capacité de l’écosystème à poursuivre une trajectoire d’hyper-croissance les prochaines années.

Les startups tunisiennes pourront bénéficier bientôt de l’appui du Fonds des fonds. A votre avis, quel est l’aspect sur lequel Orange Ventures se distingue en tant que fonds d’investissement ?

Toute notre ambition est d’être beaucoup plus qu’un investisseur mais un partenaire efficace dans la durée qui démontre sa capacité à avoir un impact significatif sur la destinée de nos startups. Je crois que nous avons beaucoup d’atouts que nous pouvons partager avec nos entrepreneurs et une de nos tâches prioritaires en tant qu’investisseur est d’apporter cet unfair advantage qui permettra de faire la différence. Tout l’enjeu est de bien s’organiser pour les actionner mais nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur la volonté affichée de toute la direction du groupe d’être un acteur de référence en termes de collaboration grand groupe startup. En résumé, nous pouvons être nous même clients, nous sommes en permanence à la recherche des meilleurs solutions technologiques. Nous pouvons également être un distributeur auprès de nos clients particuliers ou entreprises, que ce soit en Tunisie ou dans les autres pays. Nous pouvons donner accès à nos solutions technologiques, que ce soit de communication ou de paiement par exemple pour ne citer qu’eux. Enfin, nous avons la chance de disposer d’ une très belle communauté d’experts internes sur des domaines de recherche de pointe un peu partout dans le monde que nous pouvons solliciter à l’occasion quand nous reconnaissons une problématique sur laquelle nous pouvons avoir de l’impact.

Grégoire de Padirac, investment manager chez Orange Digital Ventures.

Grégoire De Paridac

Grégoire de Padirac est Investment Manager chez Orange Ventures Africa et Moyen-Orient basé à Dakar.Il a rejoint Orange Ventures à Paris en 2015 avant de lancer le fonds africain en 2017. Il est riche d’une expérience de cinq ans chez Orange comme responsable des partenariats de services digitaux dans le divertissement, et plus particulièrement de Deezer dans l’industrie musicale. Grégoire a démarré sa carrière comme consultant en Stratégie chez WMI Consulting. Il est diplômé de ESCP Europe à Paris.

Orange Ventures en bref

Orange Ventures est le fonds de Corporate Ventures d’Orange doté de 350 millions d’euros dédié aux investissements dans des start-ups early-stage innovantes dans les domaines d’expertise d’Orange. Le fonds a investi depuis 2015  dans une vingtaine de sociétés early stage aux Etats-Unis, en  Europe, et en Afrique (au Kenya, Afrique du Sud, Nigéria et Ethiopie) où le fonds est représenté par son bureau à Dakar depuis 2017.

La Rédaction 

 

 

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