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Le gouvernement souhaite contrôler le Net pour combattre «la propagation des fausses informations»

En réaction à notre article ‘Le gouvernement va confier la «sécurisation du Net» aux experts du ministère de l’Intérieur’, le journaliste Elyes El Gharb a invité, jeudi dernier, Samir Dilou, porte-parole du gouvernement et ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitionnelle, sur le plateau de l’émission ‘Hadith Essâa’ sur la chaine TV Wataneya 1. Parmi les sujets abordés, Samir Dilou a tenté de s’expliquer sur la création d’une cellule de ‘sécurisation du Net’ au niveau de plusieurs ministères, dont celui de l’Intérieur.

Dans sa réponse (en vidéo ici), le ministre s’est d’abord montré compréhensif sur les craintes d’un retour de Ammar 404 : «Le mot sécurité rappelle de mauvais souvenirs (dans l’esprit du Tunisien, ndlr). Mais elle ne signifie en aucun cas l’espionnage ou le suivi ou la violation des secrets et la censure. Car comme vous le savez, la sécurité peut être aussi au service de la politique», s’explique-t-il. «Avant, la sécurité de l’Etat signifiait aux yeux des citoyens la protection d’un régime, d’une famille ou d’une personne. Mais dans le cadre d’une base intellectuelle et politique différente, la sécurité de l’Etat signifie la sécurisation du pays (des dangers qui le guettent, ndlr)».

Samir Dilou rétorque par la suite : «La sécurisation de l’Internet signifie qu’on va le rendre plus sûr pour le citoyen et non pour la partie qui le surveille (le gouvernement, ndlr)».

«Internet c’est comme le couteau»

Voyant son invité se limiter aux généralités, le présentateur Elyes El Gharbi a demandé au ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitionnelle d’expliquer comment cette sécurisation va se traduire sur le plan pratique. Réponse de Samir Dilou : «L’Internet est comme le couteau. Il permet de cuisiner mais il peut aussi servir pour commettre des crimes. L’Internet a servi la révolution tunisienne. Mais est-ce toujours le cas maintenant ? Dans sa plus grande partie, Internet aujourd’hui est plutôt utilisé pour diffamer avec des attaques gratuites d’une bassesse extrême. Il (l’Internet en Tunisie, ndlr) fait partie de la contre-révolution».

«Mais sur le plan juridique, cela va se traduire par quoi ?», demande avec insistance Elyes El Gharbi. «Il y a un cadre légal qui existe déjà (sous Ben Ali, ndlr) mais qui n’était pas appliqué», répond Samir Dilou. «Ce qu’il faut faire, c’est l’appliquer. Comme ça, on va être rassurés que l’Internet va être utilisé pour communiquer et faire passer l’information et non pour attaquer les personnes et relayer de fausses nouvelles. Ceci sera toujours dans le cadre de la transparence et le respect de la loi».

Pourtant, cette loi évoquée par le ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitionnelle, était bel et bien appliquée sous Ben Ali. L’exemple phare : Zouhair Yahyaoui. Ce grand cyber militant contre le régime de Ben Ali gérait un site depuis un Publinet, où il y diffusait des articles épinglant le régime du despote.

Le despote a fait justement appel à la loi pour faire taire Zouhair Yahyaoui. Le ministère de l’Intérieur l’a arrêté le 4 juin 2002 dans son Publinet à Ben Arous et l’a condamné à une peine de deux ans de prison pour «propagation de fausses nouvelles dans le but de faire croire à un attentat contre les personnes et contre les biens» et «vol par utilisation frauduleuse de moyens de communication».

Plus de Ammar 404, mais une police des mœurs sur la Toile ?

Avoir une police du Net dont la tâche est la veille sur la sécurité du citoyen sur le Web, est une nécessité pour tout pays qui cherche à basculer son économie au tout numérique. Le programme du gouvernement présenté par le premier ministre Hamadi Jbali compte déjà passer davantage par Internet pour améliorer le rendement de l’administration et booster le commerce électronique. Les risques de cyber criminalité (vol de coordonnées bancaires, piratage, utilisation frauduleuse des données personnelles, etc.) sont donc considérables.

Mais pour Samir Dilou (qui visiblement n’a pas encore lu le programme de son premier ministre), le contrôle du Net se réduit seulement à traquer ceux qui diffusent de fausses informations et mènent des campagnes de dénigrement. Devrions-nous comprendre, donc, que cette cellule du ministère de l’Intérieur sera plutôt une sorte de police des mœurs sur la Toile ?

Dans une période où une crise de confiance règne entre le Tunisien et sa classe politique, surtout après plus de 50 ans de corruption et de dictature, ne serait-il pas plus judicieux de donner cette tâche de «sécurisation du Net» à une ou plusieurs instances indépendantes, qui, par le biais de la justice, demanderont au Ministère de l’Intérieur de traquer les cybers malfaiteurs ?

Et quid de l’Instance nationale de protection des données à caractère personnel (Inpdcp, lire notre article) du juge Mokhtar Yahyaoui ? Toutes les cellules de contrôle du Net (dont celui du Ministère de l’Intérieur) évoquées dans le programme de Jbali, vont-elles se soumettre à son autorité ? Et à propos, pourquoi le document du Premier ministère ne fait nullement mention de cette instance dans sa feuille de route ? Le Tunisien peut-il accorder sa confiance à un gouvernement qui ne veut montrer aucun signe positif sur sa volonté de respecter la vie privée de ses citoyens ?

Welid Naffati

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