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«Le journalisme du futur se fera en partie avec les ingénieurs»

Le monde des médias en Tunisie est confronté à une crise croissante. C’est le constat que dresse Sadok Hammami, maître de conférence à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI) et spécialiste des nouveaux médias. Invité du 61ème épisode de Digiclub Powered by Topnet, il esquisse une critique du paysage médiatique tunisien et propose des solutions susceptibles d’engager les médias dans l’Open innovation.

Un public connecté-déconnecté   

Les chiffres font état d’une société tunisienne connectée avec huit millions de Smartphones et six millions de compte Facebook utilisés par les internautes tunisiens. Et pourtant, l’impact de cette connectivité sur l’économie du pays demeure imperceptible.  C’est le paradoxe que déplore Sadok Hammami. “Les Tunisiens utilisent internet comme un moyen d’interaction mais on voit peu de transactions sur le web. Les quelques sites d’annonces ne font pas une économie digitale. Les banques en ligne sont très peu développées et le Tunisien tend encore à régler ses achats cash”.

Autre constat que Sadok Hammami fait : l’usage d’internet se limite au divertissement en Tunisie. “Si on analyse les usages en Tunisie, internet se réduit à Facebook, Youtube ou d’autres réseaux sociaux”. Cette tendance représente un danger inéluctable pour les médias tunisiens, selon Sadok Hammami. “Le fait que les Tunisiens ne sortent pas de Facebook est une stratégie que Facebook a lui-même déployée afin de constituer et se positionner comme un écosystème où toutes les activités seraient possibles : travailler, s’informer, interagir… Ceci constitue un danger surtout pour les médias tunisiens qui ont besoin de ressources publicitaires”.

Sadok Hammami explique que la présence massive du public sur Facebook poussera les annonceurs à aller vers ce réseau social et orienter leurs budgets publicitaires vers ce canal plutôt que vers les médias. “Les médias tunisiens vont ainsi être privés de ressources publicitaires” et par conséquent de moyens pour produire un contenu à valeur ajoutée.

Le piège du Buzz

Peu sont les médias tunisiens, toutes catégories confondues, qui ont su, jusque là, survivre à la crise. Sadok Hammami note dans ce sens que pour les chaînes de télévisions, seules Al-Hiwar et Nessma ont un modèle viable. Les autres sont au bord du précipice et “fonctionnent très difficilement”.

De même pour les chaînes radios. “Jawhara FM, Mosaïque, Shems et IFM restent viables mais toutes les autres ont des difficultés”. Du côté de la presse écrite et des journaux électroniques, la crise est plus grave. En cause, la diminution des ressources publicitaires nécessaires à la production d’un contenu attractif. “Aujourd’hui, nous avons du journalisme low cost produit par des journalistes qui ne quittent pas leurs bureaux et qui n’arrivent pas à trouver des histoires humaines à rencontrer à défaut de moyens”.

Dans ce contexte de crise, la dégradation de l’information et la recherche du buzz prennent un essor phénoménal. Un piège dans lequel les médias “malades” tombent en essayant de se perpétuer dans leurs œuvres. “Le buzz est un symptôme. Quand un média tombe malade, il fait du buzz. Quand il n’a pas de modèle économique viable ou quand il n’a plus les moyens de produire un contenu de qualité, il fait le buzz croyant qu’il va, ainsi, ramener de l’audience et derrière, des annonceurs”.

La Solution?

La solution est dans l’innovation. Selon Sadok Hammami “une part importante de la dynamique du renouvellement du journalisme se fera par la technologie”. “Les journalistes et les ingénieurs doivent conjuguer leurs efforts” afin de permettre aux médias d’aller vers de nouvelles formes de journalisme tel que “le Data Journalism, la visualisation et la vidéo”.

Ceci peut se faire à travers “la création de digital labs, un espace où les médias et les ingénieurs peuvent travailler sur des projets innovants”. Les ingénieurs ont la capacité, s’ils s’intéressent aux médias, d’apporter aux journalistes de nouveaux outils, d’après Sadok Hammami. “Il faut créer des synergies entre les médias, les développeurs, et les ingénieurs pour concevoir des applications basées sur l’intelligence artificielle et l’interactivité, le but étant d’attirer le public jeune qui ne veut plus d’un contenu rédigé et des textes longs”, souligne Sadok Hammami

Et d’ajouter: “l’État doit également soutenir les médias”. “Si l’on considère qu’une société démocratisée doit avoir des médias de qualité, il faut que l’État apporte son aide (pas forcément financière) et de façon transparente”.

Pour écouter l’interview au complet, veuillez cliquer ici.

Nadya Jennene

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