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Législative 2014 : Quelle stratégie TIC le Courant Démocrate va-t-il défendre pour la Tunisie ?

Le Courant Démocrate a-t-il une stratégie pour le développement des Startup et de l’économie numérique en Tunisie ?

Le 26 octobre prochain, les Tunisiens voteront pour élire le prochain parlement qui va siéger pour 5 ans. THD s’est donc proposé de faire le tour des principales formations politiques du pays pour exposer leur programme TIC ainsi que leur vision pour le développement de l’économie numérique. Le premier parti qui nous a fixé un rendez-vous pour nous présenter en détail son plan pour le développement technologique du pays est le Courant Démocrate (Attayar Al Dimocrati), de Mohamed Abbou (ex Congrès pour la République). Nous avons rencontré son responsable communication, Hafedh Yahmadi.

Le Courant Démocrate a-t-il une stratégie pour le développement des Startup et de l’économie numérique en Tunisie ?Le 26 octobre prochain, les Tunisiens voteront pour élire le prochain parlement qui va siéger pour 5 ans. THD s’est donc proposé de faire le tour des principales formations politiques du pays pour exposer leur programme TIC ainsi que leur vision pour le développement de l’économie numérique. Le premier parti qui nous a fixé un rendez-vous pour nous présenter en détail son plan pour le développement technologique du pays, est le Courant Démocrate (Attayar Al Dimocrati), de Mohamed Abbou (ex Congrès pour la République). Nous avons rencontré son responsable communication, Hafedh Yahmadi. 

Hafedh Yahmadi est un nom connu chez la communauté technophile en Tunisie. Un des fervents défenseurs de la bonne gouvernance d’Internet et de l’utilisation des TIC dans l’éducation. Il a fait carrière dans plusieurs entreprises internationales, dont Microsoft. Interview.

THD : Quelle est la vision du Courant Démocrate vis à vis des TIC ?

Hafedh Yahmadi : Le Courant Démocrate est un parti qui se positionne centre-gauche. Quand on a conçu le programme on a travaillé sur 3 axes : Politique, économique et social. La TIC est transversale et touche donc à tous les secteurs. Il joue un rôle de modernisation du secteur public. De ce fait, nous allons miser sur les TIC pour une meilleure gouvernance de l’administration et améliorer le niveau de vie et de confort du citoyen.

Chez le Courant Démocraten on pense qu’il faut introduire les TIC dans les différents aspects de la vie du citoyen. Pour s’y faire, il faudra redéfinir le cadre législatif qui régit le secteur des TIC en Tunisie. Le but étant de consolider et de développer une culture numérique chez le Tunisien. Faut-il encore rappeler qu’on peut booster l’employabilité grâce aux TIC ? De ce fait, une stratégie orientée TIC est au cœur des enjeux de l’administration publique tunisienne, de l’entreprise, de la société civile et de l’université. 

Mais pour développer cette stratégie, il ne faut pas que l’Etat la créer et la gère à lui seul. On doit, en effet, s’inspirer des institutions comme les Nations Unis qui fait appel à la société civile dans ses différents plans d’action. C’est le principe du «Multistakeholderism». C’est à dire faire participer l’Etat, le secteur privé, le milieu académique et la société civile dans les prises de décisions. Même dans la stratégie TIC du pays.

Si vous aurez des sièges dans le prochain parlement, quels sont les points que vous allez défendre pour promouvoir les TIC en Tunisie ?

Nous allons développer le volet e-services comme le e-commerce et le e-gov. Pour s’y faire, on va retravailler le code de l’investissement dans le domaine des TIC. C’est un code des qui a été écrit en 2008 et qui régit tous les investissements et les projets TIC. Ce code est devenu obsolète avec les grandes innovations technologiques comme le cloud computing, ou encore la convergence mobile/internet, etc. Des choses dont on ne parlait pratiquement pas à cette époque là.

Nous allons également inciter à la création de plus de contenu numérique tunisien. Les ministères peuvent jouer un rôle fondamental dans ça. Comment ? En numérisant leur documents et notamment leurs rapports et statistiques pour les publier par la suite sur le Net. L’Etat pourra mettre en place une stratégie et allouer un budget pour cette tâche. Et ce sont les petites startup tunisiennes qui seront les premières à bénéficier de ce programme. Elles participeront dans la numérisation de l’administration et notamment du patrimoine culturel tunisien.

Le Courant Démocrate travaillera aussi sur le développement de l’infrastructure numérique. Il faut en effet améliorer le broadband. Il faudra lier les zones industrielles et les technopark au très haut débit. 

Pourtant, Tunisie Telecom a déjà annoncé lors de l’ICT4 All que toutes les zones industrielles et technoparcks sont déjà reliées à la fibre optique.

On ne dit pas qu’il n’y en a pas. Mais la réalité sur le terrain n’est pas toujours conforme à ce qui est dit. Y a encore des zones d’ombres, surtout à l’intérieure du pays, où les investisseurs ne trouvent pas une infrastructure telco pour s’y installer. On va se baser bien entendu sur l’opérateur national historique pour développer cette infrastructure numérique.

Mais pourquoi créer autant de technopark que des zones industrielles ?

Car les industriels auront besoin des labos de recherches. Vous savez ? Les usines ont souvent besoin d’une pièce qu’ils importent au prix fort de l’étranger. Or, nous ne manquons pas de moyens pour que nos ingénieurs développent et améliorent ces pièces puis les produire pour le compte de ces industriels. Je vous laisse imaginer les economies que peuvent faire les usines en Tunisie et le gain de temps pour être encore plus compétitives.

Nous avons le savoir faire et les cerveaux pour développer beaucoup de choses qu’on importe. Dans plusieurs universités en Tunisie, il y a des Labos de recherche qui ont à leur tête des docteurs hautement qualifiés. Faudra les encourager car la plus part du temps ils ne trouvent même pas de l’argent pour se rendre dans des séminaires.

De ce fait, le Courant Démocrate incitera fiscalement les industriels à financer la recherche et développement en versant de l’argent à ces Labos pour le développement technologique. 

Hafedh Yahmadi, responsable communication du parti le Courant Démocrate

Hafedh Yahmadi, responsable communication du parti le Courant Démocrate

Que fera le Courant Démocrate pour le projet Smart Tunisia qui a encore du mal à se lancer ? 

Faudra rappeler tout d’abord que le grand dossier d’investissement dans les TIC défendu actuellement par l’Etat est Smart Tunisia. Ce dossier a été encore une fois débattu lors du meeting de Korba en juin dernier. Or, ce projet a, théoriquement, été lancé en 2013. Cela veut dire qu’il n’est pas encore passé au stade d’exécution. 

Mais pour un investisseur étranger ce n’est pas réellement Smart Tunisia qui l’encouragera à s’installer en Tunisie. Avant de s’implanter dans un pays, les multinationales étudient ses indicateurs globaux macro économique dans différents rapports comme celui de Davos ou de la Banque mondiale/FMI, etc. Après, ce sont les critères de la stabilité politique, de la sécurité et si le pays a un système judiciaire fiable. 

Dans une deuxième phase, l’investisseur va étudier le code d’incitations aux investissements. Or, ce code n’est toujours pas mis à jour et ne sera déposé au parlement que vers mi-2015. Pis : Le code qui est en vigueur maintenant est celui de décembre 1993. C’est à dire une année où le Net était au stade rudimentaire. 

Si on analyse la situation maintenant, la Tunisie n’est pas stable politiquement. Même côté sécurité nous sommes encore dans une guerre contre le terrorisme. Ne parlons même pas des indicateurs économiques qui ne sont guère flatteurs dans les rapports mondiaux. 

Alors à quoi bon de parler de Smart Tunisia en promettant 50 mille emploi d’ici 2018 ? C’est irréalisable et c’est immature d’en parler maintenant. Ce projet pourrait avoir du succès une année ou deux après les élections quand tout commencera à se tasser. 

Quel est le point de vue du Courant Démocrate à propos de l’offshoring et surtout les centres d’appel ?

Le Courant Démocrate conteste fortement le cadre d’implantation des sociétés offshore en Tunisie. Car beaucoup d’entre elles tirent profit des avantages fiscaux sans pour autant donner de la valeur ajoutée en apprenant une nouvelle technologie ou assurant une montée en compétence de nos jeunes. 

Du coup -et nous avons vu ça depuis la chute de Ben Ali- beaucoup d’entre elles, et notamment les call-center, ont plié bagage vers le Maroc. Les salariés dans ce cas n’ont pas gagné un savoir faire qui leur permet d’évoluer ou de créer une entreprise. 

Cependant des partenariats gagnant-gagnant, du type celui signé avec HP ou Sanguard, apportent une vraie valeur ajoutée à la Tunisie grâce au transfert technologique et, donc, une montée en compétence. Ceci étant dit, nous ne sommes pas contre les centre d’appels qui restent parmi les rares secteurs d’activité qui absorbent rapidement le chômage. 

Mais quand le salarié -qui est généralement un diplômé universitaire- y reste longtemps au lieu que ça soit un passage temporaire, là ça devient problématique. Il faudra, donc, revoir la stratégie de l’Etat pour encourager plutôt l’Offshoring où il y a transfert de technologie. 

Mais avec une Europe en crise, pensez-vous toujours que l’Offshoring est une solution pour la relance économique ?

Il faut voir du côté de l’Afrique plutôt. Il y a beaucoup d’opportunité d’affaires pour nous sur le continent. Le Courant Démocrate préconise, de ce fait, à ce qu’on créer un centre d’étude stratégique dont la mission est d’offrir des services. On pourra citer à titre d’exemple la qualification de nos jeunes qui peuvent participer dans les méga projets en Afrique pour le compte de sociétés étrangères. Ce centre peut être sous la houlette du patronat tunisien. Il permettra également de créer des partenariats avec des Hommes d’affaires africains. Ce centre représentera, donc, une sorte de soutient logistique et marketing pour les entrepreneurs tunisiens qui souhaitent investir en Afrique dans le secteur des TIC. 

Le Courant Démocrate travaillera également à ce qu’il y ait un représentant TIC de l’Etat tunisien dans quelques pays étrangers tels que les USA, Canada, France, Germany, Japon, Chine, Turquie, etc. dans les consulats. Il sera une sorte d’ambassadeur TIC de la Tunisie et dont sa tâche principale sera de représenter et de défendre le drapeau tunisien auprès des investisseurs et des multinationales du secteur technologique afin de les convaincre à venir investir en Tunisie. 

Que fera le Courant Démocrate pour améliorer la situation des organismes publics du secteur TIC ? 

Le Courant Démocrate a parmi ses priorités la reforme du Centre National d’Informatique. Avant, le CNI jouait le rôle de promoteur de l’informatique dans le pays. Un but qui est déjà atteint. Il faudra, donc, repenser à une autre mission pour le CNI. Il peut, par exemple, devenir le DSI de l’Etat. C’est à dire proposer les réformes nécessaires dans les administrations publiques pour réduire la lourdeur des processus en les rendant automatisés et numérisés. Surtout au niveau ministère de la Finance et la Douane.

Dernier point : la stratégie TIC doit commencer dès l’école primaire. Nous allons travailler à la modernisation des écoles. Et ceci passe par les instituteurs avant même les écoliers. Car les enfants maintenant sont nés avec la technologie. Mais plusieurs de ces instituteurs ne le sont pas. Ce conflit générationnel fait que les élèves ne seront pas au diapason des évolutions technologiques pour former les leaders de demain.

Propos recueillis par Welid Naffati 

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