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Moncef Marzouki sur la censure en Tunisie : «C’est inefficace et contre-productif»

Après le PDP et en attendant que Ennahdha termine l’élaboration de son programme électoral, la rédaction de THD s’est intéressée au programme politique du Congrès pour  la république (CPR). Vu la thématique du site, THD se focalisera uniquement, sur les points relatifs au secteur des TIC.

Nous avons rencontré le président du CPR, M. Moncef Marzouki, dans les locaux du parti à Tunis, le vendredi 27 mai dernier, juste avant la réunion de son bureau politique. Il s’est exprimé sur plusieurs sujets, notamment les tentatives de censure du Net, les grèves de Tunisie Telecom et le poids de l’Open source dans notre pays. Sous ses airs de docteur politicien, M. Marzouki cache un côté geek. Interview.

THD : Pouvez-vous nous parler de votre programme politique concernant le secteur des TIC ?

Moncef Marzouki : Il est en cours d’élaboration. Nous avons une 20aine de commissions qui travaillent dessus. Parmi lesquelles, nous avons une commission très importante qui travaille sur le transfert des technologies. Car au CPR nous pensons que c’est grâce à ça qu’on pourra raccourcir le temps de notre développement économique. Mais je ne pourrais pas en dire plus puisque ces commissions vont faire une première lecture du programme le 4 juin prochain. Il sera par la suite débattu au sein des congrès et sera par la suite publié en version finale, vers la fin du mois de juin.

Après la levée totale de la censure des pages Web et des protocoles Internet (VoIP, etc.), des voix s’élèvent pour instaurer la neutralité du Net en Tunisie. C’est à dire ni bridage du débit, ni censure ne doivent être toléré.

Ca nous paraît une évidence. Moi personnellement, je n’ai pu survivre que grâce à Al Jazeera et au Net puisque j’ai été censuré par les médias ici en Tunisie.  Il est donc évident que la liberté et la neutralité du Net sont essentielles pour nous.

Et pourtant, un tribunal de Tunis vient d‘ordonner à l’Agence Tunisienne d’Internet de bloquer les sites pornographiques en Tunisie. Quelle était votre réaction ?

On dit que le mauvais appétit vient en mangeant. Dès qu’on se lance dans ce genre d’affaires, chacun va avoir quelque chose à vouloir rejeter. Et c’est là que réside le danger. Attention, cela ne veut pas dire que je suis pour les sites porno, ou les sites nazis ou encore les sites pédophiles. Loin de là.

Seulement je pense que c’est le prix à payer. Le prix de la liberté. Si la liberté est au prix de quelques horreurs de ce type, il faudra alors l’accepter. A partir du moment où on va commencer à penser d’une façon inverse en disant qu’il faut éliminer ceci ou cela… chacun de nous va alors demander à ce qu’on élimine une horreur qui lui est personnelle.

Que proposez-vous comme solution pour justement combattre ces horreurs sur le Net ?

Il faut se mettre d‘accord sur un point. La liberté doit être la règle absolue. Il faudra répertorier les sites dangereux, les faire connaître, donner aux jeunes des instruments d’analyse et de compréhension. C’est grâce à ça qu’on arrivera à connaître les dangers qu’ils cachent. Ces sites existent et seront toujours là (même après censure et donc accessibles via proxy, ndlr). Il faut protéger les gens en les éduquant sur les dangers de ces sites. La répression via la censure, c’est inefficace et contre-productif. Et on a vu le résultat que ça donné sous Ben Ali.

Le PDP a clairement misé dans son programme électoral sur les services en ligne. Qu’en est-il du CPR ?

Il y a un certain nombre de nouveautés technologiques qui vont s’imposer d’elles-mêmes. Aucun parti politique n’aura la stupidité de vouloir s’opposer à une telle orientation.

Et quelle est votre position sur la question de l’offshoring ?

Nous avons un regard politique sur la question. Nous acceptons tout ce qui peut promouvoir les intérêts de la Tunisie sans léser les intérêts des Tunisiens.

Mais accepter de nous transformer en sous-traitant exploitable, taillable à corvée pour le bien du libéralisme économique sauvage, là c’est hors de question. En clair, je suis pour encourager l’implantation des centres de recherche et développement, plus que les centres de service.

Que pense le CPR des grèves de Tunisie Telecom ?

C’est un gouffre. Si cette société était au service du pays et non pour le clan mafieux, elle n’aurait pas été là où on est aujourd’hui. Tunisie Telecom et Tunisair sont dans une situation exsangue. Et je ne vois pas comment ils peuvent reprendre avec l’organisation qui est actuellement la leur. C’est pourquoi je pense qu’uniquement un gouvernement d’union nationale fort pourra mettre de l’ordre dans tout ça.

Faut-il donc comprendre donc qu’il n’y a pas de chance à ce que les grèves de Tunisie Telecom soient suspendues avant les élections de la constituante ?

Personnellement je ne vois pas très bien qui a l’autorité et la légitimité nécessaire pour casser ces privilèges exorbitants et nettoyer toute la pourriture qui est à l’intérieur de l’entreprise.

C’est pourquoi nous exigeons des élections le plus rapidement possible. Parce qu’il n’y a pas que cette société qui peine à se remettre debout. Le pourrissement est à tous les niveaux du pays.

Donc vous n’avez pas une position claire sur l’affaire de Tunisie Telecom. Pourtant Ennahdha a dernièrement exprimé sur notre site leur désaccord avec ces grèves.

Le CPR ne pourra se prononcer officiellement sur l’affaire de Tunisie Telecom qu’après la réunion du bureau politique. Chose qui va être faite dans une heure. Le problème de Tunisie Telecom est à l’ordre du jour et nous allons en discuter (ndlr : jusqu’au moment de la rédaction de cette interview, nous n’avons pas encore reçu la déclaration officielle du CPR sur les grèves de Tunisie Telecom).

Le CPR et le Linux ?

Je suis un fan du Libre. J’ai des sueurs froides à l’idée que mes textes ne soient plus lus librement et qu’ils soient intégrés dans des outils propriétaires. Ça serait un cauchemar pour moi. Donc oui, je suis fan du Free et surtout de Linux. Et je pense que Linux peut avoir une place beaucoup plus importante dans nos administrations.

Propos recueillis par Welid Naffati

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