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Transformation digitale – Adnane Ben Halima (Huawei) : la sécurité, avant tout !

Des recettes secrètes pour amorcer ou réussir la transformation digitale que ce soit à l’échelle d’une entreprise ou de tout un pays, il n’en existe pas. Il faut, selon les experts, réunir plusieurs ingrédients qui – à prime abord – semblent évidents. Mais ce n’est guère le cas. Il suffit qu’un seul aspect, en particulier la sécurité, soit négligé pour que le projet tombe à l’eau. Entretien avec le vice-président en charge des relations publiques pour la région Méditerranée au bureau Afrique du Nord de Huawei Technologies, Adnane Ben Halima. 

Certains trouvent que la digitalisation ou la transformation numérique ne sont que des expressions-clés ultra-mode. Qu’en dites-vous ? 

Au contraire. Le digital n’est pas un effet de mode. Il touche, aujourd’hui, à tous les secteurs clés de l’économie. C’est une obligation, un challenge, une opportunité. Surtout que l’infrastructure digitale n’est pas gourmande en matière de temps de mise en place, si comparée à des mégas projets de modernisation d’infrastructure routière ou portuaire, par exemple. Dans les Tics, nous accédons dans l’immédiat aux dernières technologies dès que la décision de mise en œuvre est prise. 

On entend beaucoup parler de transformation digitale en Tunisie, mais la machine semble tourner lentement. Quels sont à votre avis les obstacles majeurs à un amorçage plus rapide ?

En effet, on a beau être conscient de l’importance que représente ce virage, la concrétisation tarde à venir. Nous sommes en retard et si nous continuons à avancer en utilisant des moyens archaïques, nous allons vite être dépassés. Ce qui serait dommage, car si nous souhaitons rayonner sur une région, il faut être les premiers à saisir le digital et penser à exporter, en plus de la matière grise, des services à plus forte valeur ajoutée. 

En Tunisie, nous disposons d’une infrastructure de base – la connectivité, en l’occurrence – sur laquelle nous pouvons bâtir. Nous avons encore du travail à faire sur le fixe, sauf qu’à ce stade, cela ne représente guère un frein. Le mobile est disponible et cette première couche est, à mon sens, suffisante pour démarrer.

Côté data centers et Cloud, nous avons encore un long chemin à parcourir. Le digital est synonyme de traitement d’informations. Si nous n’avons pas où stocker les données ou si elles sont éparpillées, nous ne pouvons les valoriser à juste raison et en tirer profit. 

Le cadre règlementaire est, lui, aussi un frein considérable de par la vitesse de mise en place qui reste à la traine par rapport à la rapidité avec laquelle avance la technologie. C’est, d’ailleurs l’un des plus grands obstacles pour la digitalisation des services publics, sans parler de la résistance au changement. Il faut donc une impulsion politique pour pousser les choses et les faire avancer suivant les moyens les plus adéquats afin de ne pas perdre en efficacité. 

Quel serait la conséquence si l’on rate ce virage ? 

Rater le virage de la digitalisation serait comme s’engager dans une course et la faire à pied alors que nos concurrents sont confortablement installés derrière le volant d’une voiture. En ce moment, nous parlons d’inclusion digitale à l’échelle d’un pays, demain il sera question d’inclusion digitale entre les pays.

Certains estiment que la 5G sera à la fois le socle et le moteur de la transformation digitale. Qu’en dites-vous ?  

Revenons d’abord sur les avantages de la 5G. Cette technologie apporte trois choses : un meilleur débit, une latence quasi nulle et une possibilité de connecter un nombre illimité d’objets et de personnes sur une même cellule. L’introduire pour en profiter dans notre vie privée ne rime presque à rien sauf un confort de connexion. Son impact, sa vrai puissance, résident en ce qu’elle peut apporter dans des secteurs clés comme le transport, la santé, l’agriculture, la logistique, la finance etc. Elle peut être un levier, un accélérateur, si le besoin est déjà là. C’est pourquoi, en Tunisie, nous devrions prendre le temps de réfléchir et d’élaborer des scénarii BtoB avant de s’engager dans le déploiement de la 5G. 

Pouvez-vous nous citer quelques exemples de cas d’usage de cette technologie qui pourraient marcher en Tunisie ? 

Je commencerai par la gestion de la logistique au niveau des stations portuaires, de par l’impact direct qu’elle peut avoir sur l’économie d’un pays. La 5G peut, en effet, aider à fluidifier la gestion de la marchandise. Dès l’arrivée d’un conteneur à destination, le traitement peut se faire de façon automatisée. Tout ce dont on aura besoin : un code à scanner, une caméra HD et un engin à piloter à distance.  

Le secteur minier peut, aussi, en profiter de la même façon. Il est, des fois, compliqué de mobiliser des chauffeurs pour l’extraction de certaines matières. Le pilotage d’engins à distance peut remédier à la problématique et en plus, augmenter l’efficacité. 

Autre exemple non moins négligeable : le transfert de données ultra-volumineuses tout en étant en mobilité. Remonter le contenu filmé par une caméra ultra-HD nécessite un bon uplink, ce que la 5G peut offrir, contrairement à la 4G. 

Le secteur du gaming – une industrie aujourd’hui très lucrative – peut être boosté grâce à la 5G. La Tunisie compte une communauté de gamers qui ne cesse de se développer et cette technologie pourrait convertir les usages – exclusivement orientés divertissement – vers des use cases business. Je pense, notamment, aux startups qui peuvent devenir un contributeur dans ce domaine. 

Le tourisme aussi peut bénéficier de ce que la 5G apporte en termes d’amélioration sur l’utilisation des technologies VR et AR. Nous pouvons, par exemple, reconstituer des scènes représentant les civilisations anciennes pour les faire revivre à des touristes.  

Qui dit 5G et transformation digitale, dit forcément sécurité. Pour certains, il y aura toujours un petit génie qui trouvera la faille à exploiter. Quels sont les risques qui peuvent accompagner une digitalisation massive avec, entre autres, un déploiement de la 5G à plus grande échelle ?

La cybersécurité est un enjeu qui existe déjà du fait que nous soyons de plus en plus connectés. Cependant, avec l’arrivée de la 5G, le comportement en ligne du consommateur va changer, et avec, la typologie de l’information qui sera disponible. Demain, nous ferons des transactions bancaires en ligne, nous paierons nos impôts via des applications… L’information que nous communiquerons sera forcément plus précieuse qu’une simple photo partagée sur un compte Facebook. À ce stade, ce qui nous vient à l’esprit, en premier, ce sont les cyberattaques. Or, la cybersécurité englobe d’autres volets : la fiabilité, la disponibilité des réseaux et la robustesse des équipements. Huawei en est très consciente. Nous avons trois milliards de personnes à travers le globe qui transitent sur des équipements Huawei. Nous ne pouvons nous permettre des failles. Et d’ailleurs, jusqu’aujourd’hui aucun cas de défaillance sur des équipements Huawei n’a été signalé. La cyber-sécurité est notre priorité absolue, le fondement même de notre métier. Nous ne négligeons aucun aspect pour quelque raison que ce soit. Notre processus de Business Continuity Management – mis en place depuis plusieurs années – atteste de l’importance que nous accordons à ce volet, pour garantir zéro faille sur les équipements que nous livrons à nos clients. 

Je tiens, également, à préciser qu’en plus de nos centres de transparence à Berlin, Londres et Bruxelles – où nos équipements sont testés et certifiés par des tierces parties – nous accordons un intérêt particulier aux performances de notre capital humain. Nos équipes sont soumises à des examens et mises à niveau mensuels pour être toujours à la page, éduqués, alertés, et formés en continu. 

Et même du côté de nos partenaires, nous avons des politiques de sensibilisation très développées. Nous déployons des solutions clés en main et de bout en bout auxquelles nous n’avons plus accès, une fois livrées. C’est pourquoi, durant la phase de construction nous tenons à ce que nos systèmes soient fiables et que nos clients soient accompagnés de près sur les questions de sécurité et ainsi, éviter les failles dues à une éventuelle mauvaise manipulation. 

Quelles sont les préconisations de Huawei à ce niveau ? 

Statistiquement, 99% des cyberattaques sont dues à une mauvaise manipulation du côté de l’utilisateur. Il faut donc sensibiliser pour avoir une prise de conscience des enjeux de la cybersécurité. En plus de la prise de conscience – sur laquelle Huawei fait un focus particulier –, il faut capitaliser sur la capacity building. Avoir les compétences et ressources humaines suffisantes est d’une importance majeure et ce que ce soit à l’échelle d’une entreprise ou d’un pays. D’ailleurs, je soulignerai que, dès qu’il s’agit de cybersécurité, il devient déraisonnable, pour un pays, de faire appel à des ressources extérieures. 

Avoir un Cloud national, peut-il aider à consolider la sécurité ?  

Oui, absolument ! L’un des avantages majeurs du Cloud est la sécurité. Les normes et standards utilisés dans le Cloud sont ultrasophistiqués. Il permet d’une part une gestion et une sécurisation centralisée de la donnée et d’autre part la possibilité d’augmenter les capacités de stockage sur un seul et même système virtualisé, si besoin est. 

Nadya Jennene 

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