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Tunisie : «Ammar 404 c’était aussi les étudiants tunisiens à l’étranger, notamment à Marseille»

Qui est vraiment Ammar 404 ? Qui avait réellement le pouvoir décisionnel sur la liste des sites à censurer en Tunisie ? «J’ai fait partie de ce qu’on appelle Ammar 404 et je veux rétablir une part de vérité». La rédaction de THD a reçu le témoignage d’un des agents de Ammar 404.

«Si je vous contacte aujourd’hui, c’est pour rétablir une part de vérité sur ce fameux Ammar 404. Si j’ose en parler, c’est parce que j’en faisais partie», nous a déclaré Riadh (le prénom a été changé car notre interlocuteur a souhaité garder l’anonymat). Il nous a contacté en fin de semaine dernière.

Mais est-ce que Ammar 404 existe réellement, où est-ce plutôt une structure avec un ensemble de décideurs ? «La structure existe, mais elle n’avait pas de rôle décisionnel. Ils exécutaient des ordres supérieurs. Donc oui, le Ammar 404 n’est pas imaginaire. Ammar 404, ce sont trois personnes qui ordonnaient la fermeture des sites. Ceux sont les conseillers politiques de Ben Ali : Ben Dhia et surtout Abdelwahab Abdallah». Et le troisième, qui est-il donc ? Lui avons-nous demandé. «Ben Ali en personne», nous répond-il après un moment de silence. «Les cellules de veille sur le Net envoyaient leur rapport à ces trois personnes et c’est eux qui décidaient de ce qu’il fallait faire à la cellule technique».

Ammar 404 et ses trois strates cloisonnées

Faut-il alors comprendre que Ammar 404 était une structure à trois strates cloisonnées ? «En gros oui. Il y a la cellule de veille, les décisionnaires et les exécutants. Ces derniers ne sont autres que des ingénieurs informatiques rattachés au ministère de l’intérieur. Quant aux cellules de veille, elles sont dissimulées de partout, même au sein du ministère de l’intérieur lui-même. Mais disons qu’elles étaient essentiellement centralisées chez l’Agence Tunisienne de Communication Extérieur (ATCE) et au RCD».

«Mais vu que les pratiques de censure sont applicables seulement en Tunisie, ce qui limite donc le travail de veille depuis notre pays, les rapporteurs de l’ATCE et du RCD étaient alors plus actifs à l’étranger. Et si je vous disais que parmi eux on retrouvait des étudiants tunisiens envoyés aux frais de l’Etat ?».

Rapporteurs à l’étranger

«Mais il ne faut pas généraliser», tempère-t-il de suite ses propos. «Car à ma connaissance ceux sont des personnes qui ont obtenu des bourses d’étude grâce au comité central du RCD. Une sorte d’échange de services en gros».

Y’a-t-il des cellules à l’étranger qui étaient particulièrement actives ? «Je ne détiens pas de statistiques sur ce sujet, mais je peux vous dire que la cellule de Marseille en France était active dans sa veille sur tout ce qui se disait sur Ben Ali et sa famille sur le Net. Ca peut paraître ridicule, mais ces rapporteurs causaient parfois des problèmes au ministère de l’intérieur. Ces derniers se sont parfois fait remonter les bretelles par le palais. Pourquoi ? Parce qu’on leur demande de ne pas se limiter uniquement à la censure mais aussi à la veille tout comme l’ATCE et le RCD».

Le système de censure en Tunisie était donc tout aussi pervers que la dictature de Zaba. Un système à 3 strates. Une sorte de mini état cybernétique avec à sa tête Zine El Abidine Ben Ali, le vrai Ammar 404 de la Tunisie numérique.

Welid Naffati

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