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Tunisie : Les étudiants de l’ENSI, des futurs ingénieurs désenchantés ?

«Comment voulez-vous innover si vous n’avez pas la liberté de penser ?», fait remarquer aux étudiants de l’auditorium de l’Ecole nationale des sciences de l’informatique (Ensi), le Professeur Faouzi Ghorbel, Directeur du laboratoire CRISTAL. Une remarque qui s’est faite sur un ton relevant plus du reproche que du conseil.

Evénement ? Le forum annuel des entreprises de l’Ensi au Campus de la Manouba organisé par le Club Ensi Junior Entreprise qui s’est déroulé le mercredi 23 novembre courant. Il s’agit d’un rendez-vous où les étudiants tutoient leurs aînés, cadres et chefs d’entreprises qui s’activent dans le domaine des TIC.

«Ce n’est pas un hasard si l’Ensi s’appelle l’Ecole nationale des sciences de l’informatique et non l’Ecole nationale de l’Informatique. Pourquoi on vous enseigne les mathématiques et la physique à outrance dans les écoles préparatoires (phase obligatoire avant d’intégrer l’Ensi, ndlr) ?», ajoute par la suite Pr. Ghorbel. «C’est pour que vous puissiez les exploiter dans les laboratoires de recherches, ici-même à l’Ensi. Vos travaux doivent être orientés vers les problèmes de la Tunisie. Des problèmes qui sont tout aussi spécifiques qu’originaux au pays».

L’orateur a par la suite pris des exemples concrets comme les récentes inondations au Nord Est du pays à cause des crues d’Oued Majerda. Les recherches des étudiants de l’Ensi pourraient trouver donc des solutions à cette menace en faisant appel à d’autres sciences comme la géographie. Mais toujours en utilisant l’informatique comme support de recherche et d’analyse.

En d’autres termes : la résolution des équations mathématiques les plus complexes ne fait pas de l’étudiant un bon ingénieur. Un bon ingénieur est celui qui réussit plutôt à traduire ses équations en solutions pratiques pour ‘’monsieur et madame tout le monde’’. Mais comment y parvenir, si on n’est pas à l’écoute de ce qui nous entoure ? Pis encore. Comment peut-on innover en sciences si on se limite à la lecture des revues scientifiques ?

Nos ingénieurs manquent encore du sens des responsabilités

Si le Professeur s’est limité au reproche, Walid Maaroufi, responsable du Pôle activités terminaux d’impression (Pati) à SagemCom, s’est montré encore plus révolté : «On trouve des difficultés (à travailler, ndlr) avec les ingénieurs tunisiens. Ils ne sont pas assez matures pour tenir seuls un projet».

Le responsable de SagemCom conseille ainsi aux étudiants présents dans l’auditorium d’apprendre à se responsabiliser, déjà avec les projets de fin d’études menés lors des stages en entreprise. Toujours aussi remonté, M. Maârouf regrette que beaucoup de notre savoir-faire soit perdu à l’étranger au lieu d’être exploité dans nos laboratoires nationaux. Une fuite des cerveaux qui est, non seulement, due à un meilleur encadrement, mais également aux avantages financiers octroyés aux chercheurs au-delà de nos frontières. «Ils (nos chercheurs, ndlr) peuvent innover dans nos laboratoires. Mais il faut les faire parler», ajoute-il.

Innovation ne rime pas forcément avec succès professionnel

«Difficile de l’avouer, mais les ingénieurs de l’Ensi ont vraiment des problèmes de communication. Ils ne savent pas parler», nous déclare, navré Sami Abdelaziz, l’un des organisateurs du forum. «C’est pourquoi nous avons axé les ateliers de formation cette année sur le développement humain».

Ces ateliers se sont déroulés en marge des conférences de l’auditorium. Auparavant, ils étaient axés sur l’ingénierie informatique. «Nous avons eu l’idée de placer ces Workshop sous la thématique du management suite au succès d’une formation qu’a organisée l’Ensi en mai dernier sur l’art oratoire», explique M. Abdelaziz.

Parmi l’un de ces ateliers, nous avons pu assister brièvement au ‘Management des idées’. Une Coach professionnelle s’est déplacée spécialement rien que pour “les beaux yeux” des étudiants inscrits dans le Workshop venant des 4 coins du pays. Seulement voilà, il n’y avait qu’un seul étudiant de Sousse à avoir répondu présent. La majorité des sièges de la salle étaient vides. Qu’à cela ne tienne ! La Coach, sourire aux lèvres, décide tout de même de commencer sa séance de travail.

Savoir communiquer d’abord, puis innover !

Pourquoi êtes-vous là ? Réponse de l’un des présents. «C’est pour savoir comment on réussit un projet et gagner beaucoup d’argent», nous répond-il, souriant. A propos du mot changement, la majorité des étudiants présents ont exprimé pratiquement le même souhait. Celui d’avoir une vie professionnelle prospère.

Dès le début de la séance, et via une série de questions personnelles (quelles sont vos attentes, quel est le dernier livre que vous avez lu, etc.), la Coach a réussi à démontrer aux présents, et d’une façon subtile, leurs difficultés à s’exprimer. «Soyez concis, clairs et brefs. Comme ça, vous gagnerez plus de temps. Moins de temps perdu, c’est plus d’argent gagné».

Un autre constat du jour, plus ou moins alarmant : à part deux étudiants, aucun des présents n’a lu un livre ou une revue littéraire. Ils se limitent en effet aux ouvrages et autres articles scientifiques. Pire encore : parmi toutes les personnes interrogées, aucune ne menait une activité parascolaire. Comment passent-elles donc leurs heures libres ? En naviguant sur Facebook et en fréquentant le café du coin !

Manque de motivation

«L’inscription à ces Workshop est obligatoire. Tout le monde s’est bousculé au portillon pour réserver sa place», nous déclare Sami Abdelaziz. «C’est quand même bizarre de voir que très peu ont répondu présents». Et quand on apprend que ce jour-là, les étudiants de l’Ensi étaient en arrêt de cour, on comprend mieux pourquoi…

D’année en année, une ambiance morose s’installe dans nos facultés. A cause de notre système éducatif et de la politique de l’ancien régime, on a fini par robotiser nos étudiants, notamment dans les filières scientifiques. Leur esprit cartésien a pris le dessus sur leur créativité. «A quoi bon étudier si finalement il n’y a pas de travail à l’horizon», entendons-nous fréquemment sur le bout des lèvres de tout un chacun.

Dans leurs yeux, l’avenir est encore plus noir après la révolution. Résultat : nos futurs ingénieurs (et nos étudiants en général) sont devenus des fantômes au regard désabusé, creux, vide et complètement désenchanté.

Welid Naffati

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