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Tunisie : Une nuit du 23 octobre électrique sur Internet

Tunisie : Une nuit du 23 octobre électrique sur InternetAnnoncé comme journée chaude, à haut risque, avec des dispositifs sécuritaires impressionnants (redéploiement des fils barbelés autour des édifices public et des militaires dans les grandes villes), le gouvernement craint des débordements en ce premier anniversaire d’existence de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC).

Et comme prévu, c’est encore Facebook et Twitter qui donnent le «la». Peu avant minuit, les réseaux sociaux, et notamment celui de Mark Zuckerberg, ont connu une effervescence hors du commun. Durant la soirée, et jusqu’à minuit, le nombre des connectés à Facebook était anormalement élevé. Rares sont les fois où on est arrivé à une telle concentration. Généralement des soirées de couvre-feu.

Et une fois n’est pas coutume, le festival des rumeurs a commencé. La première : l’arrestation de l’humoriste Lotfi Abdelli en début de soirée pour «atteinte aux mœurs» après son accrochage dans un talk show sur Hannibal TV, le dimanche dernier, avec Samir Dilou, ministre nahdhaoui des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle. Des proches de l’artiste se sont alors empressés de démentir l’info sur Twitter.

Juste après, une autre info a circulé chez quelques cybermilitants sur la Toile : «On a coupé le courant électrique dans plusieurs quartiers de Gabes (ville du sud tunisien secouée par des manifestations de grande ampleur depuis plusieurs jours, ndlr) et la police s’apprête à des rafles nocturnes pour arrêter les jeunes directement dans leurs maisons». Plusieurs minutes plus tard, quelques habitants de la ville ont démenti l’info. Ils ont affirmé que la situation était très calme et que les habitants ont respecté le couvre-feu local imposé par les autorités.

La psychose monte d’un cran

Un peu plus tard, la diffusion satellitaire des chaines de télés tunisiennes sur Nilesat s’est inopinément interrompue. Coup d’Etat militaire à la veille de la fin de la légitimité de l’ANC et du gouvernement ? Ou simple panne technique ? La psychose des Tunisiens est arrivée à son comble malgré les explications de l’Office National de Télédiffusion (et qui ont été reprises par l’ensemble des chaines dans un communiqué officiel).

Ce n’est que vers les 12 coups de minuits, que ce stress et toute la frustration des Internautes ont éclaté. On a assisté, tout d’abord, à une avalanche de statuts de tanbir (troll), en arabe pour la plupart, sur facebook et twitter. Tous, sans exception, blaguaient sur cette fin de légitimité présumée. Reprenant exactement les évènements qui avaient accompagné la chute du régime Ben Ali, des images et des vidéos ont été également publiées. Dont des remakes de la célèbre vidéo de Me Abdennaceur Aouini -l’avocat qui est descendu à l’avenue Habib Bourguiba le 14 janvier 2011 pour crier «Ben Ali hrab» (Ben Ali s’est enfui).

Voyant cette effervescence sur les pages facebook tunisiennes, nos frères égyptiens ont cru pouvoir lancer une intox selon laquelle les militaires avaient pris le pouvoir en Tunisie. Croyant à cette farce, des centaines d’Internautes en Egypte et en Moyen-Orient ont alors pris contact avec leur confrères tunisiens pour vérifier la véracité de ce push militaire. Ce que, les Internautes tunisiens se sont empressés de démentir et d’expliquer que tout ce qu’ils ont lu n’était que du Tanbir.

Un autre front de facebookeurs s’est parallèlement formé. Celui des trolleurs/spammeurs qui ont inondé les pages nahdhaouies, et notamment celles d’Ennahdha, et de Rached El Ghanouchi en particulier, par des messages l’appelant à «dégager».

«Le changement» du 23 octobre

Les nahdhaouis, quant à eux, se sont mis à partager les vidéos de Ameur Laarayedh où il félicite le peuple tunisien du premier anniversaire de l’ANC, ainsi que le communiqué festif de son parti publié juste avant minuit.

Les facebookeurs tunisiens crient dégagent au président du parti islamiste Ennahdha sur sa page officielle

Une communication mauve digne d’un RCD dissous et vomi par tout le peuple. Le 23 octobre s’est soudainement transformé en un 7 novembre bis (date d’ascension au pouvoir de Ben Ali en 1987). Devant cette arrogance, les facebookeurs ont alors multiplié les attaques de Troll et les insultes envers le parti islamiste.

Pour calmer les esprits, les administrateurs de ces pages nahdhaouies ont publié des versets du Coran (vu qu’il était impossible d’effacer ce grand nombre de commentaires/Troll). Rien à faire, l’ardeur des trolleurs ne s’est pas refroidie.

Abou Iyadh, la charia et le sacrifice par le sang

C’est à ce moment-là, que le jihadiste Abou Iyadh (toujours recherché par le ministère de l’Intérieur), a choisi de publier une vidéo sur Internet. Il y exhorte tous les islamistes du pays à s’unir contre ce qu’il a appelé les «partis mécréants athées» comme l’UGTT et Nida Tounes. Dans sa diatribe, Abou Iyahd a tenté de convaincre les Tunisiens de la nécessité de défendre la Charia comme mode de gouvernance. Il s’est même dit prêt, lui et ses partisans, à investir la rue et à «se sacrifier par le sang» pour aider le peuple tunisien.

Ce jihadiste n’a pas manqué l’occasion de s’attaquer aux ministres nahdhaouis Rafik Abdessalam, Samir Dilou et Ali Laaryaedh, sans les nommer. Le premier car il «a remercié Dieu qu’aucun citoyen américain n’a été tué dans l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis (lors d’une émission sur Hannibal TV, ndlr)». Le deuxième parce qu’il a rétabli la loi ‘anti-terroriste’ de Ben Ali. Et le dernier car il a emprisonné quelques-uns des chefs jihadistes suite à l’attaque de l’ambassade. Il demanda par ailleurs à ses amis nahdhaouis de faire pression sur le gouvernement pour libèrer leurs «frères emprisonnés».

Après cette nuit tendue sur facebook et twitter, on peut affirmer que les prochains jours seront particulièrement mouvementés dans la rue. Ennahdha a raté une occasion de se taire à la veille du premier anniversaire de son ascension au pouvoir au point de provoquer les courroux des Internautes. La haine envers ce parti islamiste n’a jamais était aussi flagrante. Et la vidéo de Abou Iyadh n’a fait que verser de l’huile sur le feu. Une ambiance électrique qui prouve bien une chose : un air de «14 janvier» bis repetita se dessine à l’horizon.

Seif Eddine Akkari

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