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Les occasions ratées de la Tunisie pour valoriser les acquis de son Internet

L’Angola a annoncé en grande pompe, le 16 août dernier, le lancement officiel de son point d’échange Internet (IXP) dans un communiqué de presse envoyé aux médias du monde entier via une agence de presse internationale. Titré «Le point d’interconnexion internet (IXP) Angonix, basé en Angola, est à présent l’un des trois premiers en Afrique», ce communiqué arrive pile poil après l’annonce, également faite en grande pompe, du lancement du premier câble sous-marin qui relie l’Angola au Brésil, le 9 août dernier, via la même agence de presse.

Avec ces actions de communication (en Français et Anglais), l’Angola s’est clairement positionné comme étant l’un des leaders de l’Internet en Afrique. Et pourtant… la Tunisie avait de quoi vanter ce positionnement… si seulement elle avait su comment communiquer dessus.

Mais d’abord, expliquons ce qu’est un IXP. Un IXP est une sorte de carrefour internet où se concentre plusieurs connexions ou, disons, routes Internet. Dans ce carrefour, non seulement les grands fournisseurs des liaisons Internet internationaux peuvent s’y connecter, mais également les opérateurs télécoms/fournisseurs d’accès Internet et même des entreprises comme les banques. Pourquoi ? C’est pour réduire le temps d’acheminement des requêtes entre l’Internaute et le serveur demandé.

En multipliant ces IXP, le trafic devient plus rapide pour consulter un service ou un site donnée et permet de sécuriser les accès vu que ceci créera plusieurs routes alternatives au cas où l’habituelle utilisée par l’Internaute rencontre des soucis techniques.

Et avec l’importance de l’internet dans l’économie des entreprises, pour ne pas dire l’économie de tout un pays, ces IXP sont devenus un gage de qualité pour l’Internet dans le monde. De ce fait, chaque pays ayant son IXP gagnera des points dans son positionnement international quant à la qualité de son environnement Business.

La Tunisie a son IXP historique qu’est l’ATI depuis les années 2000. Mais cette fonction IXP est devenue officielle et réglementaire depuis 2013 avec la création du TunIXP (lire notre article) comme étant le premier point d’échange du trafic Internet et ce, après la mise à jour du code des télécoms à l’Assemblée Nationale Constituante en 2013 (lire notre article).

A l’époque, la tendance allait dans le sens de la sortie de cette fonction de IXP sous forme d’une association et non une entreprise commerciale. La raison ? Un IXP par définition est neutre et doit rassembler tout le monde, même les concurrents. Mais vu que l’ATI a commencé un vrai travail de fond pour être à mi-chemin entre la société commerciale et une société étatique qui vise à promouvoir le développement de l’Internet tunisien, cette question de booster le TunIXP sous forme d’ONG n’était pas au top des priorités.

Ceci n’a fait qu’aider l’ATI à rayonner au niveau international puisque elle était la première entreprise télécom du pays à installer les serveurs de caching de Google avant que cela ne devienne chose commune chez pratiquement tous les FAI/opérateurs télécoms tunisiens. L’ATI a également réussi l’exploit de ramener le géant Akamai pour installer quelques uns de ses serveurs en Tunisie. L’ATI a aussi réussi à décrocher l’accord de l’ICANN pour devenir un revendeur agréé des noms de domaines (NDD) internationaux (en .com notamment) en Tunisie. Résultat : Il n’y aura plus besoin de régler en devise ou payer des multinationales installées en Tunisie pour acheter ses NDD en .com.

On regrettera, de ce fait, le manque de communication, et notamment à l’international, sur ces actions pour faire rayonner, non seulement l’ATI, mais toute la Tunisie dans les médias spécialisés à l’étranger. D’autant plus que le TunIXP est le TOUT PREMIER IXP de tout le Maghreb arabe.

Quant aux liaisons internationales, la Tunisie a déjà 3 câbles sous marins et a activé une liaison fibre optique entre la Tunisie et l’Algérie faisant d’elle un 4ème câble international de télécommunication entre la Tunisie et le reste du monde. Ce qui place la Tunisie, en tant soit peu, comme un vrai hub régional. Malheureusement, aucune communication officielle internationale n’a accompagné ces avantages, comme l’a fait l’Angola.

On regrettera, également, la communication sur les efforts de l’ATI à vouloir devenir un opérateur d’infrastructure qui, clairement, perturbera le message fort positif déjà acquis sur son rôle dans le développement de la e-ecomonie en Tunisie. Un message qui a permis de faire oublier à l’ATI son image d’il n’y a pas très longtemps, quand elle était le fief de Ammar 404 (la machine de censure de Ben Ali).

En cherchant par tous les moyens à devenir un opérateur d’infrastructure et concurrencer ainsi ooredoo, Tunisie Telecom (son principal actionnaire) et Orange Tunisie, quelle crédibilité aura l’ATI avec sa fonction d’IXP du pays ? Et puis, en tant que responsable technique mandaté par l’Instance Nationale des Télécommunications (INT) pour la gestion des Names Servers pour les NDD tunisiens (comme le .TN) ainsi que d’autres services nationaux comme la gestion des ressources d’adressage IP (n’oublions pas que l’ATI a réussi l’exploit historique de se faire accepter au RIPE-NCC qui lui permet de gérer des IP sur le continent européen/partie de l’Asie et le Moyen Orient, lire notre article), le statut d’opérateur d’infra risque de créer quelques problèmes à l’INT.

Car dans ce cas, et dans un soucis de neutralité, l’INT risque de se voir attaquée pour avoir donné la gestion des ressources internet à une entité qui sera directement concurrente aux opérateurs téléphoniques. Faut-il encore rappeler que grâce au décret n° 2014-4773 du 26 décembre 2014, l’ATI devient automatiquement éligible à la licence de Fournisseur d’Accès Internet (FAI) au même titre que Topnet ou GlobalNet, pour vendre les abonnements Internet ?

Quelle stratégie voit-on pour l’ATI ? Avoir le rôle de régulateur/incitateur au développement numérique de tout un pays ? Ou veut-on lui chercher un nouveau business model lucratif comme un opérateur téléphonique/FAI ?

Répondre par oui à ces deux questions, créera un imbroglio politico-juridique dans un contexte économique et politique explosif à la veille des élections municipales et plus tard pour les législatives/présidentielle en 2019/2020. Sans parler des répercussions néfastes sur tout le secteur télécom/TIC en Tunisie ainsi que la crise de confiance que cela provoquera chez les entrepreneurs.

A-t-on mesuré l’ampleur de la chose dans les rapports internationaux tels que ceux de Davos ou encore l’impact que cela peut avoir sur les rapports de la Tunisie avec le FMI/Banque mondiale ?

Comment voulons-nous positionner la Tunisie en tant que hub-régional si on ne met pas le dossier de TunIXP comme une priorité afin d’y faire engager toutes les parties prenantes ainsi que les entreprises privées à l’instar des banques et sociétés de service ? Et puis pourquoi l’INT n’intègre pas le suivi du nombre d’acteurs économiques à adhérer au TunIXP dans son observatoire ? Ceci ne sera-t-il pas un indicateur positif qui aidera la Tunisie à mieux se défendre auprès des instances internationales pour ramener les investisseurs étrangers ? A bon entendeur.

Welid Naffati

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